Jeudi 24 janvier 2008
Je m’apprêtais à ouvrir un flacon de parfum lorsqu’à l’intérieur de moi quelqu’un a frappé. Ça a fait comme un grand courant d’air salé quand j’ai
entrebâillé ma tête et laissé entrer... Ehab.
Il y n’y en a eu aucun aujourd’hui.
Je ramasse les petits cailloux que la mer laisse chaque matin sur le sable comme les résidus de ses rêves.
Tous les jours je ramasse des petits cailloux. Et depuis quelques années tous les jours je les compte. Autrement je m’ennuie et je les ramasse mal. Moi j’aime le soir quand le ciel s’ensommeille et que les palmiers royaux ajoutent de l’anthracite au vert jauni de leurs palmes pour entamer leur danse avec la nuit : sombres sur l’infini qui rosit en contraste ils semblent dire non, nous nous restons ici et va te faire foutre la nuit puis ils se fondent malgré eux quand le ciel s’obscurcit et soudain ils ne sont plus que des restes d’ombres mouvantes au noir et ils s’éteignent comme de vulgaires bougies. J’aime le soir quand les roches du désert luttent pour qu’on les voie puis se noient elles aussi dans le noir et bouchent l’horizon et alors on est tous dans un cocon sans début et sans fin, nos yeux coincés là, et il n’y a de mer que parce qu’on l’entend et de désert que parce qu’on le sent et alors on peut fermer nos yeux qui ne servent plus à rien. Voyez, moi j’aime le soir mais pas le matin, mais c’est difficile de nettoyer la plage quand on n’y voit rien.
Aschraf me prend pour un fou mais un vieux fou et les vieux fous on les laisse à leurs histoires alors il hausse les épaules et il fait sa partie de plage et il n’en parle pas au manager. Avant on faisait ça tous les deux, avant que je compte, mais ça prend beaucoup plus de temps et le sac se remplissait bien trop tard. Depuis quelques années, je me lève beaucoup plus tôt, je fais ma moitié avec mon sac et mon râteau, et lui il vient plus tard pour faire la sienne avec son sac et son râteau bien plus vite mais il ne voit pas ce que je vois et ça le dépasse les signes de la nature et il fait toc toc sur sa tête mais tant pis pour lui, il ne sait pas ce qui va se passer et moi je commence juste à comprendre car l’écume ne représente que les postillons de la mer qui chuchote ses secrets à qui veut bien les entendre.
J'ai commencé à noter. 9706 petits cailloux un jour. 9378 le lendemain. Et chaque jour qui suivait, que des chiffres dans mon carnet. Pair le soleil brillait, toujours. Impair les nuages sortaient, toujours.
On dit que la mer rouge tient son nom de la teinte qu’elle prend au soleil couchant, plus que toute autre mer elle rosit, ses pommettes de surface comme celle d’une femme timide à l’heure où l’astre se glisse dans ses draps.
Au-dessus de 9800 cailloux, le vent se levait, toujours.
On dit aussi que son nom est dû au peuple rouge de l’Erythrée, en référence à leurs visages rougeâtres, ou qu’une algue à certaines périodes de l’année semble rougir l’eau. On dit beaucoup de choses. Que c’est le sang des Egyptiens qui poursuivaient Moïse quand il a ouvert les eaux. Mais les noyés ne saignent pas.
Au-dessus de 10 000, le vent souffle beaucoup et les palmiers courbent leurs troncs et les vagues se jettent sur les récifs comme pour s’y échouer.
Un seul jour j’en ai compté 10560 et ce jour là un capitaine est mort personne ne sait comment, la nuit, et au matin il n’était pas sur son bateau ni le jour d’après, et il n’y a bien qu’une seule explication pour que ce capitaine ne soit pas sur son bateau.
Ce matin je n’ai pas compté les cailloux. Je me suis assis sur la plage et j’ai attendu. Il n’y en avait aucun. Et Aschraf s’est assis à côté de moi et il m’a demandé « Tu les as déjà tous ramassés ? » et j’ai secoué la tête. Parce qu’il n’y en avait aucun.
Alors qu’hier dans mon carnet j’ai inscrit 15000. Pas un de plus pas un de moins. Et ma main tremblait.
- Qu’est ce que tu attends ?
- Je ne sais pas. Mais je vais bien en profiter. Parce que c’est sans doute la dernière fois que j’attends quelque chose.
Et il n’a pas fait toc toc avec son doigt sur sa tête.
- Alors je crois bien que je vais attendre avec toi.
Et on l’a vu la vague.
Elle était gigantesque. Gigantesque et rouge de colère avec sa robe en écume. Et ça ne servait vraiment à rien de bouger, on s’est juste un peu rapprochés lui et moi et on a collé nos bras coude à coude et on se sentait trembler un peu comme si on avait froid.
- Qu’est ce qui se passe ? a murmuré Aschraf mais ce n’était pas une question.
- Elle est en colère je pense. Les mers, les océans, on ne les écoute pas assez.
- Mais si c’est pour se venger, ici, il n’y a rien à détruire que nous le désert et d’autres gens qui ne lui ont jamais fait de mal ?
- Alors je crois qu’elle s’entraîne.
- Moi je crois que ce serait le moment de se pincer, non ?
Effectivement, je crois que ce serait pas mal de se réveiller.
Chers amis, je crains que cette nouvelle ne soit la preuve de l’état comateux de ce blog qui peut-être se réveillera un jour, comme ça, pof, y’aura le beau Docteur Carter qui appellera les infirmières du Cook County et les proches de ce blog en disant « il s’est réveillé ! ».
Les caprices de la connexion Internet (grosso merdo, depuis trois semaines y’a que tchi) m’empêchent de continuer à me plonger dans la blogosphère, à y venir vous lire régulièrement, et ma nouvelle vie me donne moins (quel euphémisme !) d’occasions d’écrire ici car entre mon nouveau travail, la mer addictive, mon amoureux (c’est qu’ça prend du temps ces bestioles !) et ce que j’écris juste pour moi (qui prend pas mal de temps aussi) il me reste peu de temps et d’imagination pour remplir quelques pages schizo et ma tête est ailleurs (tout près du bonheur !) ☺
Je passerai sans doute chez vous de temps en temps y retrouver le plaisir de vous lire, et vous fais plein de bisous et vous remercie pour tous ces bons, excellents moments passés ensemble, portez-vous bien et « ce n’est qu’un au revoir mes frères, ce n’est qu’un au revoiiiiiiiiir… » !
Achoufak baadine ! et plein plein plein de bonheur à vous !
Il y n’y en a eu aucun aujourd’hui.
Je ramasse les petits cailloux que la mer laisse chaque matin sur le sable comme les résidus de ses rêves.
Tous les jours je ramasse des petits cailloux. Et depuis quelques années tous les jours je les compte. Autrement je m’ennuie et je les ramasse mal. Moi j’aime le soir quand le ciel s’ensommeille et que les palmiers royaux ajoutent de l’anthracite au vert jauni de leurs palmes pour entamer leur danse avec la nuit : sombres sur l’infini qui rosit en contraste ils semblent dire non, nous nous restons ici et va te faire foutre la nuit puis ils se fondent malgré eux quand le ciel s’obscurcit et soudain ils ne sont plus que des restes d’ombres mouvantes au noir et ils s’éteignent comme de vulgaires bougies. J’aime le soir quand les roches du désert luttent pour qu’on les voie puis se noient elles aussi dans le noir et bouchent l’horizon et alors on est tous dans un cocon sans début et sans fin, nos yeux coincés là, et il n’y a de mer que parce qu’on l’entend et de désert que parce qu’on le sent et alors on peut fermer nos yeux qui ne servent plus à rien. Voyez, moi j’aime le soir mais pas le matin, mais c’est difficile de nettoyer la plage quand on n’y voit rien.
Aschraf me prend pour un fou mais un vieux fou et les vieux fous on les laisse à leurs histoires alors il hausse les épaules et il fait sa partie de plage et il n’en parle pas au manager. Avant on faisait ça tous les deux, avant que je compte, mais ça prend beaucoup plus de temps et le sac se remplissait bien trop tard. Depuis quelques années, je me lève beaucoup plus tôt, je fais ma moitié avec mon sac et mon râteau, et lui il vient plus tard pour faire la sienne avec son sac et son râteau bien plus vite mais il ne voit pas ce que je vois et ça le dépasse les signes de la nature et il fait toc toc sur sa tête mais tant pis pour lui, il ne sait pas ce qui va se passer et moi je commence juste à comprendre car l’écume ne représente que les postillons de la mer qui chuchote ses secrets à qui veut bien les entendre.
J'ai commencé à noter. 9706 petits cailloux un jour. 9378 le lendemain. Et chaque jour qui suivait, que des chiffres dans mon carnet. Pair le soleil brillait, toujours. Impair les nuages sortaient, toujours.
On dit que la mer rouge tient son nom de la teinte qu’elle prend au soleil couchant, plus que toute autre mer elle rosit, ses pommettes de surface comme celle d’une femme timide à l’heure où l’astre se glisse dans ses draps.
Au-dessus de 9800 cailloux, le vent se levait, toujours.
On dit aussi que son nom est dû au peuple rouge de l’Erythrée, en référence à leurs visages rougeâtres, ou qu’une algue à certaines périodes de l’année semble rougir l’eau. On dit beaucoup de choses. Que c’est le sang des Egyptiens qui poursuivaient Moïse quand il a ouvert les eaux. Mais les noyés ne saignent pas.
Au-dessus de 10 000, le vent souffle beaucoup et les palmiers courbent leurs troncs et les vagues se jettent sur les récifs comme pour s’y échouer.
Un seul jour j’en ai compté 10560 et ce jour là un capitaine est mort personne ne sait comment, la nuit, et au matin il n’était pas sur son bateau ni le jour d’après, et il n’y a bien qu’une seule explication pour que ce capitaine ne soit pas sur son bateau.
Ce matin je n’ai pas compté les cailloux. Je me suis assis sur la plage et j’ai attendu. Il n’y en avait aucun. Et Aschraf s’est assis à côté de moi et il m’a demandé « Tu les as déjà tous ramassés ? » et j’ai secoué la tête. Parce qu’il n’y en avait aucun.
Alors qu’hier dans mon carnet j’ai inscrit 15000. Pas un de plus pas un de moins. Et ma main tremblait.
- Qu’est ce que tu attends ?
- Je ne sais pas. Mais je vais bien en profiter. Parce que c’est sans doute la dernière fois que j’attends quelque chose.
Et il n’a pas fait toc toc avec son doigt sur sa tête.
- Alors je crois bien que je vais attendre avec toi.
Et on l’a vu la vague.
Elle était gigantesque. Gigantesque et rouge de colère avec sa robe en écume. Et ça ne servait vraiment à rien de bouger, on s’est juste un peu rapprochés lui et moi et on a collé nos bras coude à coude et on se sentait trembler un peu comme si on avait froid.
- Qu’est ce qui se passe ? a murmuré Aschraf mais ce n’était pas une question.
- Elle est en colère je pense. Les mers, les océans, on ne les écoute pas assez.
- Mais si c’est pour se venger, ici, il n’y a rien à détruire que nous le désert et d’autres gens qui ne lui ont jamais fait de mal ?
- Alors je crois qu’elle s’entraîne.
- Moi je crois que ce serait le moment de se pincer, non ?
Effectivement, je crois que ce serait pas mal de se réveiller.
Chers amis, je crains que cette nouvelle ne soit la preuve de l’état comateux de ce blog qui peut-être se réveillera un jour, comme ça, pof, y’aura le beau Docteur Carter qui appellera les infirmières du Cook County et les proches de ce blog en disant « il s’est réveillé ! ».
Les caprices de la connexion Internet (grosso merdo, depuis trois semaines y’a que tchi) m’empêchent de continuer à me plonger dans la blogosphère, à y venir vous lire régulièrement, et ma nouvelle vie me donne moins (quel euphémisme !) d’occasions d’écrire ici car entre mon nouveau travail, la mer addictive, mon amoureux (c’est qu’ça prend du temps ces bestioles !) et ce que j’écris juste pour moi (qui prend pas mal de temps aussi) il me reste peu de temps et d’imagination pour remplir quelques pages schizo et ma tête est ailleurs (tout près du bonheur !) ☺
Je passerai sans doute chez vous de temps en temps y retrouver le plaisir de vous lire, et vous fais plein de bisous et vous remercie pour tous ces bons, excellents moments passés ensemble, portez-vous bien et « ce n’est qu’un au revoir mes frères, ce n’est qu’un au revoiiiiiiiiir… » !
Achoufak baadine ! et plein plein plein de bonheur à vous !
Estelle-schizozote



